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Lettre d'information Agricole du 13 janvier 2020

Publié le 13 janvier 2020

Conjoncture : des prix agricoles stabilisés 

Selon une note d'Agreste, « en novembre, les prix à la production de l'ensemble des prix agricoles sont quasi stables sur un an ». Dans le détail, ils ont diminué de 0,3% en glissement annuel. Ils ont en revanche progressé de 1,8% par rapport au mois d'octobre 2019. Sur les onze premiers mois de l'année 2019 « l'ensemble des cours reste à un niveau plus élevé, dépassant, en moyenne, les niveaux de 2018 », ajoute Agreste. Les prix à la production des grandes cultures régressent de 4,5% en glissement annuel tandis que les prix des viandes progressent de 9,3%, tirés vers le haut par « l'envolée des cours porcins ». En novembre, ces prix dépassent de près de 40% les cours moyens de 2014-2018 et ceux de l'an passé. Agreste précise que ces cours bénéficient de la forte demande chinoise. Ceux des ovins et des veaux, après plusieurs mois de baisse, repartent légèrement à la hausse et progressent respectivement de 1,8% et 0,9%. Le cours des gros bovins affiche une légère baisse de 1%. 

La lente mutation de l'emploi agricole 

Depuis près de vingt ans, l'agriculture opère une lente mutation de sa structure de l'emploi au profit des salariés agricoles. C'est le seul secteur économique à connaître une telle transformation. D'après une étude de synthèse de l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), entre 2000 et 2018, l'emploi global en agriculture s'est comprimé de 20 %, passant de 819.988 à 649.149 équivalents temps plein. Le poids de l'agriculture dans l'emploi global en France est ainsi passé de 3,26 % en 2000 à 2,30 % en 2018, puisque dans le même temps l'emploi global a augmenté de près de 12 %. Dans le détail, la structure de l'emploi agricole est passée d'une proportion de non-salariés et de salariés de respectivement 67 % et 33 % au début du siècle à une répartition de 61,5 % à 38,5 % dix-huit ans plus tard. Si le taux élevé de patronat reste une caractéristique qui différencie nettement le secteur agricole des autres branches de l'économie, les exploitants agricoles sont toutefois 27 % de moins en 2018 qu'en 2000. 

Europe : le prix du lait continue à se redresser

Après neuf mois de baisse puis de relative stabilité, le prix du lait payé aux producteurs européens reprend son souffle depuis septembre. En octobre, à 349 euros /1 000 litres en moyenne, il affiche une hausse de 1,6 % sur un mois. Hormis la Grèce, l'ensemble des États membres a vu son prix du lait augmenter au mois d'octobre 2019, avec une moyenne de 349 euros/1 000 litres. Si le prix reprend des couleurs depuis septembre, il est encore en recul de 2,5 % par rapport à 2018. Côté français, le prix à taux réels du lait se stabilise à 377 euros /1 000 litres. Avec l'Italie (+ 8 %), ce résultat fait de l'Hexagone (+ 3 %) l'un des rares bassins de production majeurs en Europe à voir son prix grimper sur un an. Le Danemark, la Belgique, l'Allemagne, l'Irlande, les Pays-Bas et le Royaume-Uni accusent un repli de plus de 5 % sur la même période. 

Lait de vache : la filière française la plus compétitive au monde 

En 2018, la France accède à la 1ère place du podium sur le marché mondial des produits laitiers, selon l'étude sur les facteurs de compétitivité réalisée Agrex Consulting et FranceAgriMer. Elle supplante ainsi les Pays-Bas, qui sont relégués à la 2e place du classement. La Nouvelle-Zélande passe en 3e position juste devant l'Irlande. L'Allemagne reste à la 5e place, et le Danemark 6e. La Pologne signe une bonne progression en passant de la 9e à la 7e place en 2018, au détriment des États-Unis. Parmi les points forts de la France, l'étude cite : un excellent niveau de recherche reconnu à l'international, une bonne situation sanitaire, une offre très diversifiée et des entreprises industrielles bien implantées à l'étranger. Aux côtés du Danemark, la France compte le plus d'implantations industrielles à l'étranger. Le pays bénéficie d'une forte présence à l'étranger via ses 4 fleurons, positionnés parmi les 20 premiers collecteurs mondiaux. La France présente néanmoins quelques faiblesses, l'étude pointant une production nationale en baisse régulière malgré des volumes élevés, un coût de la main d'œuvre qui pèse sur les marges des éleveurs et « des consensus au sein de la filière difficiles à trouver ». Des faiblesses illustrées notamment par la dégradation du solde du commerce extérieur de produits laitiers en 2018. Cette France laitière ne doit pas s'endormir sur ses lauriers, face à l'Irlande, « un producteur européen à surveiller » (production en hausse constante) ou encore à la Pologne « un challenger à suivre de près », selon les auteurs de l'étude. 

Viande : d'ici 2030, baisse de la consommation de 17% 

Selon Bruxelles, 58% des protéines consommées par un Européen aujourd'hui sont des protéines animales. Cette part ne sera plus que de 50% à l'horizon 2030. Dans le détail, un Européen de 2030 consommerait chaque semaine 192 grammes de viande de moins qu'en 2020, ainsi que 348 g de moins de produits laitiers et 103 g de moins de produits de la mer et d'œufs. À l'inverse, on assisterait à un bond de la consommation hebdomadaire de céréales (+44 g), de pois et soja (+106 g) et surtout de légumes et noix (+319 g). Dans ce contexte, la consommation de viande de l'Union reculerait de 17% dans les 10 prochaines années, ce qui se traduirait par une baisse de 8% de la production de viande comme de la collecte de lait de vache. Faute de demande intérieure, les prix à la production reculeraient de 18% selon ces hypothèses, rendant l'Union plus compétitive sur le marché mondial ce qui doperait alors les exports. 

Porc : les exportations européennes au sommet en 2022 

La Commission européenne estime que les exportations européennes de viande de porc devraient atteindre un niveau record à l'horizon 2022 avant de fléchir faisant suite au redressement du cheptel porcin chinois. En effet, la production chinoise de viande porcine devrait encore chuter de 15% en 2020. D'ici à 2022, un tiers du déficit de la production chinoise devrait être couvert par les importations qui se traduirait par un doublement de la demande mondiale par rapport à 2018. Pour répondre à cette demande, la production porcine européenne devrait augmenter de 6% entre 2018 et 2022. Le Brésil, les États-Unis, la Russie et le Mexique vont également se saisir de cette opportunité. Après 2022, la production et les exportations européennes de viande porcine devraient baisser. Les exportations se stabiliseraient au-dessus des niveaux pré-PPA. Selon la Commission, la chute de la production pourrait passer en deçà du niveau de 2018. Le redressement du cheptel chinois combiné au durcissement des politiques européennes environnementales explique ce fléchissement anticipé. La croissance de la production porcine européenne sera également limitée par un changement durable des modes de consommation de ses citoyens. En effet, face au vieillissement de la population et la montée des préoccupations éthiques et environnementales, la consommation européenne de viande devrait passer de 69,8 kg à 68,7 kg. Dans le cas de la viande porcine, la consommation devrait tomber à 30,2 kg par personne en 2030, contre 32,3 kg entre 2015 et 2018. La substitution durable du porc par la volaille, moins chère et fréquemment considérée plus saine, en est l'une des principales explications. 

Hausse de 25,08% du prix du porc au MPB de Plérin 

La filière porcine bretonne et plus largement l'ensemble de l'Hexagone profitent de l'épidémie de peste africaine qui touche l'Asie, principalement la Chine tenue de multiplier les importations venues d'Europe. Le Marché du Porc Breton (MPB) fait état d'un prix moyen de 1,49 euro/kg, en hausse de 25,08% par rapport à 2018, un prix jamais atteint depuis 1992. La production reste quasiment stable (0,70% l'an dernier). Dans le même temps, le poids des porcs a progressé de 650 grammes par bête l'an dernier pour atteindre en moyenne 95,52 kg. 

La peste porcine africaine profite aux volailles 

Selon la Commission européenne, la production européenne de viande de volailles a progressé de 3% par an sur les dix dernières années. Elle devrait poursuivre à ce rythme dans les prochaines années, encouragée par une consommation intérieure dynamique et une demande mondiale soutenue, notamment en substitution du porc. Cette croissance de l'offre devrait être marquée dans les pays entrés dans l'Union européenne après 2004, notamment à l'est du continent où des investissements se poursuivent vers une production à bas coûts. En 2030, la production européenne de volailles devrait ainsi atteindre 16,5 millions de tonnes, soit une progression de 5% par rapport à 2019. A l'échelle internationale, la demande de viande de volailles à l'importation devrait fortement progresser dans les prochaines années, notamment de la part des pays touchés par la peste porcine africaine (Chine, Vietnam, Philippines, etc…) en raison d'une offre réduite de viande de porc, assortie de tarifs élevés. Les exportations européennes atteindraient ainsi 1,8 million de tonnes en 2030, en hausse de 7% par rapport à 2019.