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La numérisation de l’économie au service des TPE-PME : bien prendre le virage des mutations technologiques

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Publié le 18 avril 2017

La numérisation de l’économie au service des TPE-PME : bien prendre le virage des mutations technologiques

Digitalisation des activités, relation client virtuelle, gestion des “pannes”… Quelle est l’influence des nouvelles technologies sur l’organisation du travail au sein des TPE/PME ?

Les mutations technologiques, source d’efficience

L’efficience de l’organisation du travail dans les petites unités économiques détermine la performance globale de ces entreprises. Caractérisées par un nombre limité de personnel ces entreprises sont dépendantes des modes organisationnels qui sont mis en place et maîtrisés par le chef d’entreprise. Celui-ci est d’abord un spécialiste du multitâche et donc mobilise des multi-compétences. Il doit assumer les fonctions de production (compétences techniques, maîtrise d’un savoir-faire particulier), des fonctions d’entrepreneur (choix stratégiques, orientation de l’entreprise), des fonctions de gestionnaire, de commercial… Bref, les journées de 24 heures ne sont pas suffisantes pour assumer parfaitement l’ensemble de ces missions. L’informatisation, depuis une vingtaine d’années, d’abord des procédures comptables puis du suivi des processus ou des relations clients a amélioré la productivité du travail mais sans forcément diminuer la pression du travail.

La généralisation des nouvelles technologies, notamment la numérisation de l’ensemble de l’économie va bousculer les schémas organisationnels des petites structures. Elles devraient apporter une meilleure efficience, mais aussi améliorer, voire innover dans l’offre de produits et services. Les chauffagistes sont capables de piloter à distance les équipements de chauffage, de diagnostiquer les pannes et d’intervenir au bon moment, avant la panne complète. Les outils d’aides à la décision vont se généraliser. Ils vont permettre de cibler les clients, d’organiser les temps de travaux et les interventions dans le processus de production. Observons aussi que ces nouveaux outils d’aide à l’organisation sont réalisés par des petites entreprises, des start-up, qui fonctionnent souvent comme les entreprises qu’elles fournissent, notamment avec des chefs d’entreprise multitâches.

L’importance d’accepter et d’anticiper le changement

Comme dans toute mutation technologique, certains vont résister, refuser, voire ignorer le phénomène. L’histoire nous apprend que ces comportements présentent, pour les entrepreneurs, le risque d’être exclu du jeu économique. Quel chef d’entreprise peut se passer aujourd’hui d’un téléphone cellulaire ? Ne pas être joignable devient un vrai handicap dans le pilotage de son affaire, sur l’efficacité du travail, avec toutes les déviances que l’on observe, convenons-en, sur le rythme du travail, et la tyrannie de l’immédiateté. Fau-til alors se laisser déposséder de son cœur de métier ?

Bien évidemment non, c’est ce qui fait la richesse de ces mêmes entrepreneurs. Les nouvelles technologies obligent à repenser l’organisation du travail, à se recentrer sur les tâches les plus créatrices de valeurs. La relation avec les clients ne pourra durablement être virtuelle.

Le service associé au produit va supplanter la valeur du produit en lui-même. Les clients paieront moins pour la propriété d’un bien mais plus pour son utilisation. Dans le domaine artisanal, l’abonnement, la location seront la norme, qu’il faudra gérer à distance grâce à des connexions numérisées. D’où l’importance de maîtriser ces technologies pour au minimum rester dans le coup, mais surtout pour offrir les prestations que les consommateurs attendent.

Des études sur la performance des TPE montrent que celles qui ont pris à bras-le-corps la digitalisation de leur organisation sont les plus performantes sur le plan économique et peu importe le secteur d’activité, artisanat, métier de bouche, services aux entreprises ou à la personne.

33 % des entrepreneurs pensent que leurs activités cesseront dans les 5 ans qui viennent s’ils ne s’adaptent pas à la digitalisation. Et 56 % pensent que ces outils stimulent leur productivité.

Toute la question pour ces entrepreneurs sera de dominer l’outil et surtout de ne pas être dominé par l’outil.

La digitalisation, si elle améliore l’organisation et l’efficience, ne remplacera pas le chef d’entreprise qui doit continuer à rester maître chez lui. C’est-à-dire en assumant ses décisions grâce à un regard critique sur le fonctionnement de l’entreprise mais aussi en transférant la pénibilité ou l’astreinte de certaines tâches pour gagner en confort de vie. Ce sera, à n’en pas douter, le bénéfice d’une digitalisation réussie.

Jacques Mathé, économiste
Article paru dans le Gérer pour Gagner N°41