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Lettre d'information Agricole du 27 août 2018

Publié le 27 août 2018

Le projet de loi Alimentation en difficulté 

Après son adoption en première lecture, le projet de loi Alimentation avait été adopté par le Sénat le 3 juillet. Mais ce dernier y avait apporté des modifications qui nécessitaient un passage en commission mixte paritaire avec l'Assemblée nationale. Or cette commission n'est pas parvenue à élaborer un texte de compromis. En cause, la validation des indicateurs de coûts de production et de prix par l'Observatoire de la formation des prix et des marges, le retrait de dispositions comme la séparation des activités de ventes et de conseil pour les produits phytosanitaires ou l'interdiction des bouteilles en plastique dans la restauration collective ou, encore, l'atténuation d'un plan de diversification des protéines. Ainsi, le texte devra repasser en seconde lecture à l'Assemblée nationale qui, cette fois, aura le dernier mot. Après son passage en commission des affaires économiques, le texte devrait être examiné en séance publique à partir du 4 septembre. Le temps sera donc compté pour que le gouvernement puisse le faire entrer en vigueur avant l'ouverture des négociations commerciales 2019, comme il s'en était fixé le but. 

Grippe aviaire : Bruxelles demande à maintenir la vigilance 

Une décision d'exécution de la Commission européenne parue au journal officiel de l'UE du 14 août établit les règles auxquelles doivent se conformer les Etats membres pour adapter leurs dispositifs de protection contre l'influenza aviaire hautement pathogène. Elle rappelle en particulier la nécessité de définir les zones à haut risque tout en surveillant continuellement la situation épidémiologique spécifique sur leur territoire. Elle impose aussi de disposer de systèmes de détection précoce. Par ailleurs, en France, un arrêté est entré en application au 1er juillet qui impose de nombreuses règles sanitaires aux transporteurs de volailles vivantes et de traçabilité des opérations. 

La Bretagne affiche une reprise prudente

Première région française de production d'aliments pour animaux, avec 7,69 Mt en 2017, la Bretagne est en légère reprise par rapport à 2016 : +0,1%, soit +7.000 tonnes. En joignant les Pays de la Loire et la Normandie, la progression de l'Ouest est encore plus sensible à +0,5% (soit +61.000 t). En ce début d'année 2018 (de janvier à mai), la Bretagne a progressé de 3% en aliments pour les volailles, 0,3% en porcs et 4% en bovins. Les marchés porcins se dégradent moins que ce que les professionnels craignaient car, la Corée et le Mexique ont repris une part des volumes que la Chine ne consomme plus après l'embellie du printemps 2017. Autre évolution positive, le bio, avec +15% au niveau national, +18% dans l'Ouest et +27% pour la Bretagne. Enfin, les craintes pour 2018 sont principalement liées à l'évolution des prix des matières premières. En prix spots, le panier de matières premières nécessaires à la production d'aliments pour le porc en engraissement a pris +14,9% entre janvier et mai. 

Europe : la sécheresse limite la collecte laitière 

Depuis cet été, plusieurs pays d'Europe sont touchés par la sécheresse, au premier rang desquels l'Irlande. Certains opérateurs irlandais estiment que la collecte laitière estivale pourrait être environ 20 % sous son niveau de l'an dernier, et ne se redresserait pas facilement au second semestre car nombreux sont les éleveurs à avoir réformé les animaux. Les disponibilités en paille et en foin posent aussi question sur le long terme, avec des prix qui ont déjà presque doublé par rapport à l'an passé selon l'Irish Farmers'Association. Au Royaume-Uni, la collecte de juillet devrait reculer de 0,9 % par rapport à l'an dernier selon les estimations de AHDB. La Suède et la Finlande font aussi état de conditions critiques. En Allemagne, en semaine 32, la collecte reculait de 0,5 % par rapport à 2017, c'est la première fois depuis un an qu'elle ne dépasse pas son niveau de l'année passée. Avec le retour à des températures plus supportables depuis quelques jours, la production se stabilise mais le manque de fourrage incite l'organisme Ami à estimer que la collecte du second semestre 2018 sera inférieure à son niveau de l'an dernier. Si la production française a résisté au mois de juillet, elle a reculé en août, affichant une baisse annuelle de 2,2 % en semaine 32, selon les données de FranceAgriMer. Par ailleurs, le Canada, les États-Unis et l'Australie subissent aussi une sécheresse actuellement. Les cours des poudres de lait et lactosérum tendent à se raffermir en conséquence. 

La viande rouge va gagner du terrain dans le monde, selon la FAO et l'OCDE 

Selon l'étude de la FAO et l'OCDE sur les perspectives de consommation mondiale des différentes viandes, les régimes alimentaires vont évoluer vers la consommation de viande rouge dans les dix prochaines années. La production globale de viandes augmenterait de 15% d'ici à 2027. La volaille restera le principal moteur de croissance. Cependant, la progression de sa consommation, comme celle de porc, devrait ralentir alors que la consommation de viande bovine et ovine va accélérer. 

Le marché du porc à la veille d'une forte concurrence mondiale 

D'après l'analyse effectuée par le Marché du Porc Breton (MPB), « la consommation intérieure européenne est en baisse, les producteurs doivent donc exporter plus ». Or, la concurrence mondiale est de plus en plus forte sachant que la production augmente aux États-Unis, que le Canada exporte les deux tiers de ses volumes et que la Russie est quasiment prête à se lancer dans des ventes hors de ses frontières. L'important débouché chinois pour les producteurs français et européens ralentit sachant que la production locale se renforce. Dans ces conditions, il faut s'attendre à des jours difficiles pour la filière bretonne (la moitié de la production française), selon cette étude. Le cours actuel du porc est de 1,22 euro le kilo en vif. La moyenne de 2017 était de 1,37 euro (en hausse de 6%). 

Une rentrée à hauts risques pour la filière porcine 

Après deux années d'embellie, plusieurs indicateurs laissent à penser que l'automne et l'hiver « pourraient être très compliqués » pour la filière porcine. La 1ère inquiétude est celle de la peste porcine africaine qui s'étend, et qui touche désormais la Roumanie et l'Ukraine. La filière porcine française et européenne va aussi devoir faire face à la « hausse de 2% de la production mondiale de porcs attendue en 2018», alors que la consommation mondiale ne devrait croître que de 1% cette année. La Chine, qui représentait un important débouché pour les éleveurs, a fortement réduit ses achats extérieurs : « les importations chinoises sont passées de 3 millions de tonnes en 2016 à environ 1,5 million de tonnes en 2018 ». Enfin, le prix moyen payé aux éleveurs français est désormais à moins de 1,25 euro le kilo, quand le cours a grimpé jusqu'à 1,54 euro en 2017. Les Etats généraux de l'alimentation ont recommandé à la filière porcine de mieux se structurer pour optimiser ses coûts et peser sur les marchés en France et à l'export. 

Volailles : un commerce mondial perturbé 

Selon la Commission Européenne, après une croissance modérée en 2017, suivie d'une forte accélération sur le premier trimestre de 2018 (+3,9 % par rapport à 2017), la hausse de la production de volailles devrait fléchir. Sur l'ensemble de l'année 2018, la croissance devrait atteindre 1,5%, alors que les importations devraient rebondir après un creux au début de l'année. En parallèle, l'exportation de volailles européennes est sur une tendance positive, avec une hausse de 8% sur la période de janvier à avril (par rapport à janvier-avril 2017). Pour l'ensemble de l'année 2018, les expéditions vers les pays tiers sont attendues à +2,5%. Le commerce mondial a subi de nombreuses perturbations en 2018, touchant en particulier le 1er exportateur mondial, le Brésil. Les importations européennes de volailles brésiliennes sont fortement impactées, avec un recul des volumes de 45% sur les quatre premiers mois de l'année. La part de marché du Brésil dans le débouché UE a chuté de 50 à 33%. Les achats totaux pays tiers de l'UE ont reculé de 9% sur cette période. Néanmoins, ils sont attendus au même niveau sur l'ensemble de l'année qu'en 2017, et en augmentation significative (+7%) en 2019.