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Lettre d'information Agricole du 27 mai 2019

Publié le 27 mai 2019

Développement rural : la Cour des comptes épingle l'État et les Régions 

Un récent rapport de la Cour des comptes juge que le transfert aux régions de la gestion du fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), qui finance les aides du second pilier de la Pac (ICHN, MAEC, aides bio…), a été mal mené. La Cour des comptes pointe notamment du doigt les dysfonctionnements du Feader, dont les paiements sont en retard par rapport aux autres pays de l'Union Européenne et dont les coûts de gestion s'avèrent « particulièrement élevés ». La modification dans la gestion des fonds « s'est révélée plus complexe que prévu », indique la Cour des comptes qui avance un « enchevêtrement des compétences ». « Le transfert de la gestion de 90 % de ses crédits (10,3 milliards d'euros sur 11,4 milliards d'euros) aux régions n'est qu'apparent, considère la Cour des comptes. Le ministère de l'Agriculture conserve la maîtrise d'importants leviers de gestion : la fixation d'un cadre national, l'instruction par ses services déconcentrés des dossiers représentant environ 80 % des crédits et la gestion des mesures dites surfaciques, notamment des ICHN (indemnités compensatoires de handicaps naturels qui représentent 46 % du Feader). » En vue de la préparation de la prochaine programmation des fonds européens (2021-2027), la Cour a formulé plusieurs recommandations : préparer les outils informatiques en accentuant les échanges de données et le suivi, rationaliser l'organisation de la gestion ou encore créer des guichets communs État, Régions, pour mutualiser l'instruction des dossiers. 

Marché Foncier : un nombre record de transactions 

Selon l'observatoire annuel des marchés fonciers ruraux dévoilé par la FNSafer, le nombre et la valeur des transactions des terres et prés ont atteint un niveau record depuis 25 ans. 90.810 ventes ont ainsi eu lieu en France en 2018, soit l'équivalent de 404.400 hectares. Cette vive activité sur le marché foncier rural s'explique notamment par une vague de départs d'agriculteurs qui s'accumulent et par des taux d'intérêt au plus bas. Si le prix des terres et prés libres s'est stabilisé à 5 990 euros/ha en 2018, la FNSafer constate un contraste marqué entre les bassins d'élevage et de grandes cultures. Dans les plaines, le prix moyen à l'hectare sur un an est 7.540 euros/ha (+ 1,8 %) tandis qu'il est de 4.580 euros/ha - 2 % dans les zones d'élevage bovin. L'autre événement marquant de 2018 est la progression du nombre de cession de parts sociales de sociétés de portage du foncier et d'exploitation agricole. Un marché jugé « non régulé » par la FNSafer et qui a concerné 7.240 cessions pour un montant total de 1,1 milliard d'euros. « On sait très bien qu'il y a des cessions partielles qui permettent d'avoir le contrôle de la société tout en contournant le droit de préemption de la Safer », a confessé Loïc Jégouzo de Terres d'Europe-Scafr. Les Safer ne peuvent intervenir que dans les cessions totales de parts sociales. Si l'organisation a abandonné l'idée d'étendre son droit de préemption aux cessions parcelles, elle milite aujourd'hui pour un agrément des mutations de parts de sociétés sous le contrôle des parts des sociétés. 

Lait : hausse de la collecte de l'UE au second semestre

La collecte laitière de l'UE à 28 devrait progresser de 0,4 % en 2019, estime l'USDA dans son dernier rapport. Si la croissance est limitée au premier semestre à cause de la sécheresse l'été dernier, tout laisse à penser qu'elle va reprendre au second semestre, si tant est que les récoltes de fourrages et de céréales retournent à la normale. Le supplémentaire devrait être dirigé vers la fabrication de fromage, beurre et poudre de lait écrémé. La consommation intérieure de fromage est attendue tonique et les exportations devraient progresser du fait de la bonne demande internationale, notamment vers la Corée du Sud et les États-Unis. En beurre, la consommation pourrait se maintenir, quant aux exports, ils sont attendus en hausse vers notre premier client, les USA. Sur les deux premiers mois de 2019, ils ont d'ailleurs bondi de 23 %. Les fabrications de lait de consommation liquide devraient continuer de reculer, faute de consommation intérieure, mais les perspectives à l'export sont favorables, notamment vers la Chine et la Libye. 

Europe : boom des exportations vers l'Asie du Sud-Est 

Les exportations laitières européennes ont clôturé positivement le premier trimestre 2019: + 7,7% en volume et + 4,9% en valeur. Les croissances les plus fortes ont été observées dans le lait écrémé en poudre (SMP), le lait conditionné, le lait concentré, le yaourt et le lactose. Les exportations de beurre et de préparations pour nourrissons sont en baisse. L'Asie du Sud-Est est le premier marché. L'Indonésie se hisse à la première place parmi les marchés de destination du SMP européen, triplant ses achats (11.500 tonnes, + 226%). Les achats en Chine (+ 91,4%), en Égypte, au Mexique et aux Philippines sont également en forte croissance. Le prix moyen à l'exportation du SMP en Europe est de 2,19 USD / kg, en hausse par rapport au début de l'année, comme pour les autres exportateurs (États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande). 

Porc : production tonique au Sud de l'Europe, pas au Nord 

Parmi les principaux producteurs européens, on distingue deux tendances quant à l'évolution des abattages : au Nord, l'heure est à la baisse en têtes : -4,62% en Allemagne et -4,63% au Danemark sur les 17 premières semaines de 2019. Aux Pays-Bas, la baisse est de 1,43% sur 16 semaines, rapporte le Marché du Porc Breton. À l'inverse, dans la zone Uniporc Ouest, les abattages progressaient de 1,05% sur 16 semaines. En Espagne, seules les données sur les neuf premières semaines de l'année étaient disponibles, et elles affichaient une croissance de 4,11%. Pour rappel, la Commission européenne estime que la production de l'Union devrait rester stable en 2019, à 24.119 millions de tonnes. 

PPA en Chine : les cours mondiaux s'enflamment 

Selon le rapport annuel Cyclope sur les matières premières, les cours du porc ont augmenté de 18% en Europe depuis début mars 2019. En France et en Allemagne, les cours du porc ont « augmenté de 30% depuis le début de l'année en raison de la Chine ». En cause, les besoins énormes de la Chine, qui produisait jusqu'à présent 55 millions de tonnes de viande porcine par an, soit 45% du total mondial, et qui est aussi le premier consommateur mondial de cette viande. Mais, depuis son arrivée en Chine notifiée mi-2018, la propagation de la PPA a été fulgurante dans un pays qui accueille « près de la moitié » des cochons vivant sur la planète (Rapport Food Outlook de la FAO). La maladie continue de progresser : 20 provinces chinoises sont désormais touchées et un million de porcs ont été abattus pour des raisons sanitaires et retirés de la consommation. Selon les estimations de l'expert français Jean-Paul Simier, consultant en économie agricole et agroalimentaire, la production chinoise de porcs devrait baisser de 10%, soit de près de 6 millions de tonnes en 2019. « Si la situation sanitaire dérapait, on pourrait atteindre des prix qu'on n'a jamais atteints pour la viande de porc » estime-t-il. 

Début 2019, le ralentissement de la production de volaille se poursuit 

D'après une note Agreste du service de statistiques du ministère de l'Agriculture, les abattages de volailles se sont repliés en mars 2019 de 6,4% en têtes sur un an et de 5,3% en téc. La baisse concerne essentiellement le poulet (-6%) et la dinde (-8%). Depuis le printemps 2018, les éclosions et mises en place de poussins de poulet et de dindes ralentissent. En février 2019, les mises en place se sont repliées de 18% sur un an pour les poulets, et de 4% pour les dindes, tandis que celles des canards se sont stabilisées (+2%). Le déficit du commerce extérieur de viandes de poulet se réduit sur un mois (après avoir atteint un niveau record en janvier) et s'établit à -20,21 milliers de téc et -42,7 millions d'euros. Enfin, du côté des importations, celles-ci ont augmenté (+6% sur un an, soit +2900 téc), notamment en provenance d'Allemagne et de Pologne. 

Volaille : bond des importations européennes 

Selon la Commission Européenne, les importations de volaille ont atteint 225.729 tonnes équivalent carcasse (téc) au premier trimestre, soit 13% de plus que sur la même période de 2018. Avec plus de 85.000 téc (+21,9%), le Brésil est redevenu le premier fournisseur, dépassant la Thaïlande (84.700 téc, +10,6%). L'Ukraine a continué de développer ses ventes (+5,8%) pour atteindre 31.500 téc. L'Union présente néanmoins une balance commerciale positive, avec 470.500 téc exportées vers les pays tiers, soit 12% de plus qu'en 2018. Le Ghana est le premier client (46.300 téc, +17,1%). Les achats philippins ont progressé de 23,2% à 45.400 téc. On peut aussi noter la forte hausse des achats d'Afrique du Sud, passé de 15.600 téc en 2018 à 35.700 téc cette année.