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Lettre d'information Agricole du 9 décembre 2019

Publié le 10 décembre 2019

Examen du PLF : Le Sénat rejette le budget de l'agriculture pour 2020 

Si Didier Guillaume a vanté un budget de l'agriculture pour 2020 « en augmentation de 4,1 %, en autorisations d'engagements, et de 1 % en crédits de paiement », le Sénat, à majorité de droite, l'a largement rejeté. Le rapporteur spécial de la commission des Finances, Alain Houpert (LR), a au contraire estimé qu'il « manque singulièrement de nerf ». « Par rapport à la loi de programmation pluriannuelle, il manque 58,4 millions d'euros d'autorisations d'engagements et plus de 125 millions d'euros de crédits de paiement », a-t-il affirmé. Pour Alain Houpert, ce projet de budget « est non seulement un mépris du présent, mais aussi une insulte à l'avenir ». Également rapporteur spécial, Yannick Botrel (PS) a rendu compte du « sentiment d'injustice et même d'atteinte à leur dignité » ressenti par les agriculteurs face aux critiques du monde agricole. L'Assemblée nationale, qui aura le dernier mot, avait, elle, adopté fin octobre ce projet de budget 2020 pour l'agriculture, même si les oppositions l'avaient jugé « pas à la hauteur » ni de nature à « redonner espoir » à des paysans qui « n'ont pas le moral ». 

Baisse légère des prix des produits agricoles 

Selon le service de statistiques du ministère de l'Agriculture, en octobre 2019, les prix à la production de l'ensemble des produits agricoles ont reculé de 1,2% sur un an en données brutes, tout en progressant de 0,6% comparés au mois précédent en données corrigées des variations saisonnières. « La hausse des cours des porcins, particulièrement dynamique et, à un moindre titre, des volailles, du lait et des oeufs ne peut compenser le repli de la plupart des productions végétales, à l'exception des oléagineux et des pommes terre », indique une note Agreste. Toutefois l'ensemble des cours reste à un niveau élevé, dépassant de 2,3% en moyenne depuis le début de l'année, les niveaux de 2018. 

Fonds de garantie Inaf : Paris et l'Europe s'allient pour financer la montée en gamme de l'agriculture française

Paris et l'Union européenne (UE) ont créé un fonds de garantie pour financer « des projets agricoles durables et responsables » et la montée en gamme de l'agriculture française à hauteur de 1,1 milliard d'euros. L'Inaf (Initiative nationale pour l'agriculture française) est un dispositif de garantie abondé à hauteur de 54 millions d'euros d'euros par l'Initiative nationale pour l'agriculture française (INAF) et pour 45 millions d'euros par le Fonds européen d'investissement (FEI), contrôlé par la BEI. L'Inaf devrait permettre de catalyser plus d'un milliard d'euros de prêts bancaires sur les quatre prochaines années. « Soit 10 000 agriculteurs concernés, sur la base d'un financement moyen d'environ 110 000 euros ». Quatre groupes bancaires vont proposer cette nouvelle offre dès 2020 : le Crédit Agricole (principal bénéficiaire avec 57% du portefeuille de crédits), le Crédit Mutuel (22%) le groupe BPCE (12%) et Arkéa (9%). Concrètement, l'Inaf fonctionne comme un outil de garantie, en couvrant une partie des pertes éventuelles d'un portefeuille de nouveaux prêts octroyés par ces banques. Parmi les projets visés, des investissements visant à changer de modèle, notamment en diminuant l'usage de produits phytosanitaires ou en produisant de nouvelles cultures, comme les légumineuses, mais également des dépenses visant à pérenniser l'exploitation agricole en diversifiant les revenus, par exemple en développant une activité de restauration à la ferme. 

Les producteurs appellent la filière à préparer une seconde hausse des prix du lait 

À l'occasion de leur conseil national le 27 novembre, les producteurs de lait de la FNPL ont demandé aux industriels de se préparer à faire «un second pas» pour le revenu des éleveurs, à l'occasion des négociations commerciales 2020 avec les distributeurs, après un «premier pas» observé en 2019. «L'an passé, les industriels nous avaient dit qu'ils feraient la hausse en deux fois, ce que nous comprenons vis-à-vis du consommateur. Mais, aujourd'hui, certains industriels disent qu'ils ne veulent pas aller plus loin car certains sont restés en retrait l'an passé, regrette André Bonnard, secrétaire général de la FNPL. On ne peut pas s'arrêter au milieu du gué.» «Il faut faire un bilan des EGA entreprise par entreprise», plaide André Bonnard. Mais «en moyenne en 2019, les augmentations pour les industriels ont été à peu près équivalentes à ce qu'ont obtenu les producteurs. Toutefois, les prix restent à des niveaux en deçà des coûts de production». Le président de la FNPL a également invité les coopératives à affirmer plus clairement «qu'elles partent du revenu des producteurs». 

Plusieurs propositions sur l'étiquetage des viandes 

La commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale a adopté le 26 novembre plusieurs amendements à la proposition de loi sur la transparence de l'information sur les produits agricoles et alimentaires, qui viendra compléter la loi Alimentation. Ces amendements concernent en particulier l'étiquetage de l'origine de toutes les viandes en restauration, et l'interdiction d'utiliser des termes comme « steak », « filet », « bacon » ou « saucisse » pour des produits à base végétale. Actuellement examiné en première lecture, le texte devra par la suite être approuvé au Sénat. 

Porc : une hausse des envois plus marquée en septembre 

D'après les dernières données d'Eurostat, les exportations européennes de viande porcine ont connu une embellie en septembre : +37% par rapport à septembre 2018 pour s'installer à 236.600 tonnes. Cette hausse s'est aussi traduite en valeur, le chiffre d'affaires dépassait de 75% son niveau de l'an dernier, à 642,5 millions d'euros. Cette croissance est toujours portée par la hausse des importations chinoises. Les volumes estimés à 138.400 tonnes expédiés vers la Chine ont plus que doublé en septembre 2019 par rapport à 2018. Les exportations d'abats en provenance de l'UE ont aussi connu une progression de 13% sur un an à 117.900 tonnes. La Chine supporte toujours cette hausse (+29%). La valeur des envois européens a augmenté de 43% sur le seul mois de septembre pour atteindre les 169,9 millions d'euros. 

Peste porcine : la Chine double ses importations de porc 

Selon le ministère du Commerce, la Chine devrait plus que doubler ses importations de porc cette année, en réponse à l'épidémie de peste porcine africaine qui a décimé son cheptel. Apparue en août 2018 dans le nord-est du pays, l'épizootie a entraîné l'abattage de plus d'un million de cochons, selon un chiffre officiel considéré comme très sous-évalué. Les importations totales devraient dépasser 3 millions de tonnes cette année, contre 1,2 million l'an dernier. Enfin, cette demande chinoise a bénéficié notamment aux producteurs européens, dont les exportations vers la Chine ont augmenté de 37% entre janvier et avril, selon des chiffres de la Commission européenne. 

Les abattages des volailles de chair se redressent 

Selon une note Agreste publiée par le service de statistiques du ministère de l'Agriculture, en octobre dernier, les abattages de volailles étaient de nouveau équivalents en volume à la moyenne sur cinq ans, tirés par les filières poulets et dindes qui ont compensé les reculs des abattages des autres filières. À 155.000 téc, les abattages de volailles ont progressé de 0,5% par rapport à octobre 2018, le cumul sur 10 mois s'établissant à 903.100 téc à -2% sur un an. La situation est néanmoins contrastée selon les espèces avec une activité dynamique pour les poulets (+2,5% en poids sur le mois d'octobre) et un redressement de l'activité dindes (à +2,9%) « après huit premiers mois de l'année en fort déclin et le creux saisonnier marqué de l'été ». Les abattages de dindes restent toutefois en deçà de la moyenne quinquennale (-3,7%). À l'inverse, les abattages de pintades (-5,1%) et de canards se replient, de manière significative pour les canards à rôtir (-12% sur un mois). Après un premier semestre dynamique (+3,8% sur un an), l'activité de cette filière ralentit de 7% sur les quatre derniers mois, en comparaison avec la même période de 2018.