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Lettre d'information Agricole du 24 septembre 2018

Publié le 24 septembre 2018

Le Sénat refuse de signer la Loi Alimentation approuvée par l'Assemblée 

La Commission des affaires économiques du Sénat a refusé d'adopter le texte approuvé le 14 septembre par l'assemblée nationale en nouvelle lecture, dénonçant une « trahison » des États Généraux de l'A et un texte qui « n'aura aucun effet positif sur les revenus ». Au contraire, « ces dispositions nouvelles, à la constitutionnalité parfois incertaine, augmenteront encore les charges des producteurs », indiquent les sénateurs dans un communiqué. La Commission des affaires économiques appelle désormais à déferrer le projet de loi devant le Conseil constitutionnel. 

Fiscalité agricole : Les premiers détails de la réforme 

Le 20 septembre, certains points de la réforme de la fiscalité agricole ont été précisés. Une nouvelle déduction de l'épargne de précaution va ainsi être mise en place, en remplacement de la DPI et de la DPA. Destinée à financer « des dépenses nécessaires à l'activité professionnelle » de l'exploitant, cette déduction pourra être décidée à n'importe quel moment et son utilisation n'aura plus à être justifiée. Si son montant total reste inchangé, 150.000 euros, le montant déductible annuellement sera de 27.000 euros au minimum et plafonné en fonction du bénéfice de l'exploitation. D'autre part, afin « d'éviter un cumul des avantages fiscaux », les plus-values professionnelles liées à la cession de matériel roulant agricole, détenu depuis moins de deux ans et financé avec des sommes prises en déduction ne seront plus exonérées d'impôt sur le revenu. La réforme fiscale agricole prévoit par ailleurs d'offrir aux exploitations agricoles la possibilité de tester l'impôt sur les sociétés et surtout la capacité de se rétracter dans les 5 ans de son option, afin de revenir aux mécanismes de l'IR. Enfin le Gouvernement souhaite que l'abattement sur les bénéfices des jeunes agriculteurs profite davantage aux moins aisés. Si l'étendue de l'abattement n'est pas remise en cause, c'est la fourchette sur laquelle il s'applique qui va être modifiée. Ainsi, seule la fraction du bénéfice qui se situe en dessous de 2 SMIC profitera totalement de l'exonération. L'abattement sera de 30 % entre 2 et 4 SMIC et ne s'appliquera pas au-delà de 4 SMIC. 

Exploitations agricoles : Avec +22 % sur un an, l'énergie tire les charges à la hausse

D'après une note de conjoncture Agreste du ministère de l'Agriculture, le prix d'achat des intrants a peu varié en juillet 2018 (+0,2 % par rapport à juin 2018). En revanche, sur un an, l'augmentation du prix amorcée à l'été 2017 s'est accéléré pour atteindre 4,6%. Concernant le prix de l'énergie et des lubrifiants, celui-ci a très légèrement reculé (-0,3%) en juillet 2018 alors que sur un an, la hausse des prix observée depuis octobre 2016 s'est poursuivie, à un rythme toujours soutenu mais moindre qu'en juin 2018 (+ 22,4 % contre +24,2 % entre juin 2017 et 2018). En juillet 2018, le prix des aliments pour animaux a également peu varié (+0,2 % par rapport à juin) tandis que sur un an, la hausse du prix amorcée en mai 2018 s'est amplifié (+1,3 %), sous l'effet de l'augmentation conjointe du prix des aliments simples et composés. Enfin du côté des engrais, leurs prix ont progressé en juillet 2018 (+1,7%) après deux mois de repli. Sur un an, la hausse des prix enclenchée en mai 2018 après quatre mois de baisse s'est intensifiée (+6,9 % contre +2,9 % entre juin 2017 et 2018). 

Lait : Moins d'éleveurs estiment que leur trésorerie s'est dégradée 

Selon un sondage réalisé par ADquation, 27% des éleveurs considèrent que leur trésorerie s'est dégradée en 2018 par rapport à 2017. Si la proportion reste significative, elle est toutefois nettement inférieure aux deux dernières années (60% en 2017 et 83% en 2016). C'est dans le Nord-Est que les éleveurs ont le plus ressenti une dégradation de leur trésorerie (30% d'entre eux contre 27% dans le Sud et 26% dans l'Ouest). 

La sécheresse freine la collecte laitière 

D'après le Cniel, la production laitière se développe à un rythme moins soutenu en Europe depuis juin. Ce ralentissement s'est d'ailleurs amplifié au mois d'août dans de nombreux pays du nord et du centre de l'Europe en raison de conditions climatiques exceptionnellement sèches. Les sondages hebdomadaires de FranceAgriMer ont en effet fait état d'une baisse des livraisons de lait de vache de 1 à 2% en France sur toutes les semaines du mois d'août. Du côté des marchés, les cours des produits laitiers se sont par contre redressés depuis le début de l'année 2018. Le Cniel estime que cette évolution des prix des produits laitiers à la hausse « devrait a priori se poursuivre au moins jusqu'à la fin de l'année, si la demande se maintient à son niveau actuel ». 

La peste porcine africaine aux portes de la France 

Le 13 septembre, l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire a annoncé la découverte de deux sangliers morts et porteurs du virus de la peste porcine africaine (PPA) en Belgique, à quelques kilomètres de la frontière française. Ces deux cas ont été découverts dans la commune d'Etalle dans la province de Luxembourg. 

Porc : le prix a stagné cet été 

D'après la note de conjoncture de l'Agreste, d'avril à juillet 2018, les cours du porc sont restés inférieurs de 0,20 euro/kg en moyenne à ceux de la période de 2013 à 2017. Ils s'établissent ainsi à 1,37 euro/kg entrée abattoir en juin et 1,38 euro/kg en juillet. Les épisodes de canicule ont ralenti la consommation française et européenne, freinant la valorisation des pièces. En France, la production était dynamique au 1er semestre, à +3,2% en poids par rapport à 2017, portée principalement par des abattages dynamiques. Les volumes de viande porcine exportés progressent, tout comme les importations. En juin, la balance commerciale se rapproche de l'équilibre à -1.100 tec, après le déficit record atteint en mai (-9.400 tec), grâce aux effets cumulés d'une hausse des exportations (+3,8%) et d'une baisse des importations (-3,7%). Néanmoins, elle reste très déficitaire en valeur à -35 millions d'euros. Au 1er semestre, les exportations de viande sont en hausse de 6,2% par rapport à 2017. Les débouchés sont en plein essor depuis août 2017 vers l'Italie, avec une progression de 30% entre les premiers semestres de 2017 et de 2018. Les exportations vers la Chine, en déclin depuis l'été 2016, baissent encore de 6%. Dans le même temps, les importations sont en hausse de 6%. Ainsi, la balance commerciale reste déficitaire (-11.500 tec), quasi stable par rapport au premier semestre de 2017. 

L'oeuf bio manque toujours à l'appel 

En manque depuis de nombreux mois, les industriels français de l'oeuf ont eu la surprise de connaître un petit regain de disponibilité d'oeufs bios cet été. Si la fluidité est restée de mise sur le marché du conditionnement, les opérateurs s'attendaient à un commerce plus tonique, laissant au plus creux de l'été quelques surplus à écouler à l'industrie. Toutefois, ce sont surtout des petits oeufs que les industriels ont vu arriver, soulignant une production en décalage avec les attentes du marché. Alors que la consommation se porte sur les calibres M et L, de nombreux démarrages ont eu lieu en juin et juillet, entraînant une abondance de petits oeufs. Celle-ci s'est d'autant plus prolongée que les semaines de canicule ont ralenti la croissance des oeufs, retardant l'arrivée d'oeufs plus lourds, souhaités par les détaillants. Or, les petits oeufs bios ont des débouchés encore peu développés et trouvent souvent le chemin de l'industrie (oeuf entier liquide ou oeuf dur surtout). Cette conjoncture s'est depuis inversée. Baisse des températures, poules plus âgées et réveil de la demande avec la rentrée ont apuré le marché, désormais en manque. À moyen terme, des volumes de petits oeufs pourraient être plus fréquemment signalés à l'industrie, de nouveaux bâtiments devant entrer en production.