Ray-grass résistant : agir dès la moisson pour reprendre la main
Le ray-grass résistant est devenu un enjeu majeur dans les systèmes céréaliers bretons. L’interculture qui suit la moisson constitue une fenêtre stratégique pour limiter durablement la pression en épuisant le stock semencier et en sécurisant l’efficacité des herbicides.
Pourquoi le ray-grass devient-il problématique ?
Le ray-grass est devenu en quelques années l’une des adventices les plus redoutées des systèmes céréaliers bretons.
Sa capacité d’adaptation, son cycle calqué sur celui des céréales à paille et l’émergence de résistances aux herbicides de la famille des ALS (AcétoLactate Synthase) en font une menace importante pour beaucoup de rotations.
Dans des systèmes où l’on cherche à réduire les passages mécaniques, la pression augmente. Le travail du sol réduit favorise l’accumulation des graines en surface, là où elles germent le plus facilement.
L’interculture estivale offre plusieurs leviers complémentaires qui permettent d’agir efficacement sur le cycle de cette adventice avant même que la prochaine céréale ne soit en terre.
📌 Bon à savoir
L’AcétoLactate Synthase (ALS) est une enzyme présente chez les plantes qui est impliquée dans la fabrication de certains acides aminés. Avec le temps, certaines populations de ray-grass peuvent devenir résistantes aux herbicides, ce qui réduit leur efficacité.
À la récolte, chaque geste compte pour limiter la dissémination
Nettoyer la moissonneuse-batteuse entre les chantiers
La moissonneuse-batteuse est l’un des principaux vecteurs de dissémination à l’échelle de la parcelle. Un nettoyage soigneux du matériel entre chaque chantier (grilles, convoyeurs, caisson de battage) limite le transfert de graines viables vers des parcelles encore saines.
Regrouper les graines plutôt que les disperser
Autre geste envisageable : désactiver l’éparpilleur de menues pailles lorsque celui-ci ne se trouve pas sous l’andain, afin de regrouper les graines sur l’andain et l’exporter de la parcelle. En effet, plutôt que de disperser les graines sur toute la largeur de travail de la batteuse, elles sont concentrées dans l’andain.
Cela permet :
- d’identifier et d’isoler les lots de paille issus de parcelles à ray-grass résistant ;
- de cibler les faux-semis sur les zones les plus chargées en graines.
Envisager l’achat d’un broyeur de menues pailles sur votre CUMA
Pour les agriculteurs disposant d’un parc matériel mutualisé, l’investissement dans un broyeur de menues pailles mérite d’être étudié lorsque les surfaces infestées progressent.
Fixé en sortie de grilles, ce broyeur détruit mécaniquement 93 % à 99 % des graines de ray-grass avant leur retour au sol.
Le coût d’acquisition (70 000 à 80 000 €) devient alors accessible à l’échelle d’un groupe et peut générer une économie sur les programmes herbicides et les impacts rendements des adhérents.
Les faux-semis : enchaîner les vagues de destruction
Le faux-semis est le levier d’interculture le plus documenté contre le ray-grass. Un travail très superficiel dans les 2 à 3 premiers centimètres stimule la germination des graines de surface, que l’on détruit ensuite avant montaison à graines.
Les clés de réussite
- Rester superficiel pour ne pas enfouir les graines hors de leur zone de germination.
- Éviter d’en remonter depuis les horizons profonds.
- Enchaîner plusieurs passages espacés de 2 à 3 semaines pour épuiser progressivement le stock semencier sur une même interculture.
Les résultats restent toutefois dépendants des conditions pédoclimatiques de l’année, avec une variabilité possible.
Le CIPAN : choisir les bonnes espèces et respecter la date limite
Le CIPAN (Culture Intermédiaire Piège À Nitrates) est un couvert végétal (moutarde, radis, phacélie, avoine, légumineuses, graminées, etc.), semé entre deux cultures principales, souvent après la moisson et avant l’implantation de la culture suivante.
Sa mise en place n’est pas une obligation réglementaire mais est généralement encadrée par des dates selon les zones. Bien piloté, c’est un outil efficace de gestion des adventices, en interculture longue comme courte.
Semer tôt pour obtenir un couvert dense
Un couvert dense semé avant le 20 août peut produire 3 tonnes de MS/ha en quasiment un mois, créant une compétition lumineuse et racinaire qui pénalise fortement les levées de ray-grass lors du pic de germination.
Au-delà de cette date, la chute des températures et des degrés jours peut compromettre l’objectif de biomasse et empêcher certaines espèces de plantes très productives de se développer.
Allélopathie : un levier supplémentaire
Le sorgho apporte un atout supplémentaire dans le mélange : ses racines sécrètent de la sorgoléone, un composé dont le mécanisme d’action est proche de celui de l’atrazine et induit l’inhibition du photosystème des adventices à petites graines.
D’autres espèces tels que l’avoine strigosa ou le sarrasin peuvent émettre de la coumarine, qui inhibe les croissances racinaires des adventices.
Ces relations d’allélopathie restent encore peu documentées, mais observables en plaine. Le choix des espèces peut donc impacter directement la germination de certaines adventices et jouer un rôle indirect dans leur gestion.
Prairies temporaires : la rupture de rotation la plus efficace
Sur les parcelles où la pression ray-grass dépasse le seuil gérable, l’introduction d’une prairie temporaire de 3 ans constitue une réponse radicale, mais aussi plus efficace et durable.
Compétition d’un couvert pérenne, fauches régulières, absence de travail du sol : ces trois facteurs combinés épuisent massivement le stock semencier et la vigueur végétative du ray-grass adventice.
Pour un système laitier, l’argument économique est également solide : une prairie à base de ray-grass hybride, trèfle violet et trèfle blanc produit environ 9 t MS/ha et par an à un coût de 80 €/t, contre 135 €/t pour le ray-grass d’Italie en base 6 mois.
La qualité fourragère est aussi à surveiller, avec des valeurs supérieures.
En résumé : agir vite, agir juste
L’interculture estivale est une fenêtre courte mais décisive. Chaque jour gagné après la moisson est une vague de germination évitée, ou une destruction supplémentaire possible.
Les leviers disponibles sont un investissement pour limiter le temps et les pertes économiques futures. Ils nécessitent d’intervenir au bon moment.
L’enjeu est de combiner ces outils d’interculture avec d’autres leviers, comme la révision de l’assolement à moyen terme (davantage de triticale) et l’introduction de prairies temporaires sur les parcelles les plus infestées, pour reconstruire des marges positives tout en réduisant durablement la pression ray-grass.
Pour aller plus loin, consulter le dossier complet sur le ray-grass
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Gérer le ray-grass résistant demande une approche globale : diagnostic de la parcelle, choix des leviers d’interculture, ajustement de la rotation. Les équipes de Cerfrance Brocéliande vous accompagnent pour structurer votre stratégie et gagner en efficacité dès la moisson.
“La moisson n’est pas une fin : c’est le début de la campagne suivante.”